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Alors que je n’ai pas encore complété mon cursus je m’interroge sur l’enseignement de
l’architecture. Non pas pour y opposer des critiques vaines ou pour en idéaliser une pratique au
détriment d’une autre.
L’architecture doit aujourd’hui faire face à des problématiques complexes, dispose de peu de
moyens et comporte une forte responsabilité envers la société.
La lente disparition d’un projet commun, l’évanescence des idéaux et des utopies du passé, l’espoir
brisé du scientisme, les désillusions issues de la politique et le contexte toujours plus tendu par
l’emprise du diktat économique forcent l’introspection et la remise en question. Que peut réellement
l’architecte ? Quel est son rôle ? Où est son pouvoir ?
Il me semble que ces questions ne sont pas les bonnes. Architectes, nous disposons d’un outil
dont nous oublions souvent la portée révolutionnaire. Le projet amorce à chaque inspiration un
nouveau monde possible. A son échelle. Dans ses dimensions. Pour un programme. Peu importe. Le
projet délivre une vision de la société, tournée vers le futur, ancrée dans le présent, consciente de
son passé.
Le bilan que je dresse après 2 années d’études à La Villee reste en demi-teinte ou en clair-obscur.
Il s’agit d’interroger de façon plus brutale les convictions qui nous poussent à projeter. Quelles
sont les représentations qui sont à l’origine de notre envie d’inventer l’espace où vivent les
hommes ?
Il n’y a pas d’apprentissage technique ou artistique de l’architecture. Ce savoir-faire se construit
par une pratique, une confrontation permanente du processus créatif dans les contraintes de la
réalité. Il nous appartient d’interroger le cadre nécessaire mais réducteur de l’exercice scolaire
théorique. Comment prendre au sérieux l’acte d’édier quand on ne touche pas à la matière, quand
on ne construit que dans le monde virtuel de nos pensées ?
Le projet existe pourtant à partir du moment où l’on y « croit ». Une première touche de réalité le
colore quand un autre s’y penche, s’y retrouve, s’en indigne parce qu’il n’ore pas à la fois l’évidence
et la perfection dans le détail.
Quel est le but véritable de l’exercice de projet ? le mimétisme, l’imitation, la maitrise technique, la
force de l’armation artistique, la manipulation de la représentation, l’évocation poétique, la
proposition modeste, la poursuite de l’innovation, l’acte révolutionnaire ?
Je ne crois pas qu’un projet étudiant puisse être jugé comme un simple exercice. Il résulte d’un
processus imaginatif complexe où se côtoient des aspirations philosophiques, un regard politique
et social, l’emprunt de références, la volonté de proposer une interprétation du monde, l’évocation
de tout un monde de symboles et d’idées que seul le projeteur est à même d’organiser en un
discours cohérent.
Aussi sommes-nous légitimes dans notre exigence à l’égard de professeurs de projets qui, s’ils
lisent admirablement dans les plans, coupes, perspectives les qualités et les défauts d’un espace,
passent nécessairement à côté des véritables signications dont un projet étudiant est porteur.
L’inexpérimentation peut être considérée comme une force en ce sens où la proposition ne trahit
pas les compromissions nécessaires à la réalisabilité du projet. L’évocation d’un idéal, fut-il
lointain et en apparence inaccessible reste l’objectif de l’étudiant en architecture . Sa démarche a
besoin d’être accompagnée pour trouver son potentiel dans le respect d’une proposition
théorique, issue du travail et de l’intuition. Cee dimension de la démarche individuelle est importante
et ne peut pas être confondue avec une démagogie qui se voudrait complaisante à l’égard
des propositions étudiantes parfois prises à la légère par lui-même. Il est de la responsabilité des
architectes praticiens qui choisissent d’accompagner des étudiants de leur donner la possibilité
de réaliser leurs prémonitions sur l’espace à venir.
Avec le développement de l’urbanisme, l’essence de l’architecture semble se répandre dans tous les
domaines des sciences de la planication et du dessin de la ville. L’architecture, en s’aachant à une
échelle anthropomorphe permet une appréhension des choses évidente qui initie un dialogue
constant entre l ‘espace projeté et l’espace vécu par le projeteur lui même. L’urbanisme propose une
intervention plus étendue dans le temps et dans l’espace de la Cité. Il pose de nombreuses questions
sur la légitimité de cee action plus politique que sociale. Comment l’architecte peut-il franchir ce
changement d’échelle avec les mêmes outils intellectuels ? Sur quels ressorts peut s’appuyer son
action et sa réexion sur l’espace ? Comment les sciences sociales et la sensibilité artistique fournissent-
elles des hypothèses de travail qui doivent être questionnées par l’architecte-urbaniste ?
Mais plus encore quelles disciplines ne sont pas encore mobilisées dans ce travail de mise en friche
d’un champ entier du faire-société ?
Il n’y a pas plus politique que l’espace où nous vivons, notre environnement nous appartient en même
temps qu’il est soumis à des forces systémiques qui le transforment rapidement et sans notre
consentement. Comment retrouver une maitrise collective sur le devenir des territoires qui
permee par des outils communs de dénir une projection collective ?
L’architecte dispose-t-il d’assez de ressources pour opérer cee mue en chef d’orchestre de la
projection collective ? Il s’agit là d’une question importante que quelques initiatives permeent
d’interroger. La pratique de l’atelier, où la confrontation d’idées autour d’un projet commun doit
permere de faire émerger un consensus est une première étape et surtout une alternative à
l’illusoire participation citoyenne imaginée dans le schéma de la gouvernance.
Un projet ne peut désormais que se construire à plusieurs. A ce titre une Ecole d’archi porte une
incroyable responsabilité puisqu’elle forme la génération d’architectes de demain. Ses enseignants
doivent travailler ensemble pour faire émerger sinon un objectif commun, une aspiration commune
emprunte de rationalité mais aussi de volontarisme.
Si l’incendie des idéologies s’éteint lentement dans les écoles, il n’est pas encore possible de penser
le projet parmi les cendres sans avoir la volonté de souer sur les braises. Le carburant de l’architecte
est sa conviction en la capacité de transformer – même à une échelle réduite et pour un
nombre limité de personnes – la vie quotidienne par le travail de transformation de l’espace. Eviter
les erreurs, n’implique pas d’adopter la doctrine tacite de la tolérance zéro au risque et de rendre
stérile la possibilité d’invention et de découverte par l’expérimentation.
Ainsi regreera-t-on qu’on ne permee pas assez en France aux étudiants architectes de se salir
les mains. Les écoles chiches en moyen ne se permeent aucune folie ou expérimentation pédagogique
qui donnerait aux étudiants l’opportunité de créer. Un projet aussi intéressant soit-il restera
à l’étape de l’esquisse et ne connaîtra jamais la possibilité de sa réalisation. On regree donc
qu’aucune mise en relation ne soit étudiée pour permere ponctuellement de franchir le pas de la
réalisation et du suivi de chantier pour un apprenti architecte. Si la question des coûts est importante
il en va là aussi d’un tabou, d’une forme d’idéalisation de l’acte de créer qui ne peut être mis
entre les mains de tous…
Des initiatives existent qui permeent néanmoins ce dépassement de la discipline intellectuelle et
son élancement vers une dimension plus formatrice dont Bellastock est un bel exemple de volontarisme.
Construire avec rien, au détriment peut-être de l’ambition projectuelle, mais construire
quand même et être confronté à la réalisation de sa projection reste une expérience formatrice et
déterminante dans un parcours architectural.

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